Je gère une boîte de nettoyage industriel depuis quatre ans. Vingt-trois employés. Des contrats avec des labos, des cliniques, deux lycées. Je signe des devis le matin, je règle des conflits l’après-midi, je révise les plannings le soir. Je suis rigoureuse, carrée, respectée. Mais personne ne sait que le dimanche soir, seule dans mon appartement de Joué-lès-Tours, je pleure parfois sans raison.
J’ai construit tout ça toute seule. Mon ex m’a quittée quand j’ai lancé l’entreprise, il trouvait que je changeais, que je devenais dure. Peut-être qu’il avait raison. Peut-être que j’ai étouffé quelque chose en moi pour tenir debout dans ce milieu de mecs qui te testent en permanence. Maintenant je réussis, financièrement parlant. Mais je dors mal. Je mange seule. Je fantasme sur des scénarios idiots où quelqu’un me prendrait par la main sans me demander mon avis.
Je parcours les annonces rencontre adulte depuis trois semaines sans jamais oser en poster une. Là je me lance. Je cherche un homme qui ne sera pas impressionné par mon statut, ni intimidé, ni attiré uniquement par ça. Quelqu’un qui comprendra que derrière la patronne, il y a juste Joana, vingt-huit ans, qui a besoin qu’on la regarde autrement. Physiquement ou pour durer, je ne sais pas encore. Mais vraiment.