Il y a des choses qu’on oublie comment faire. Pas vraiment oublier, plutôt… désapprendre. Comme nager, ou faire du vélo, sauf que là c’est pire parce que c’est invisible.
Je m’appelle Eugénie, j’ai cinquante-trois ans, je vis seule depuis quatre ans à Mérignac. Divorce sans drame, enfants grands, vie bien rangée. Trop rangée peut-être. Je consulte les annonces de rencontres gratuites depuis des mois sans jamais rien poster. Parce que quoi dire ? Que la solitude ne fait pas mal tout de suite, qu’elle s’installe doucement comme l’humidité dans les murs ?
Ce qui me manque c’est pas le sexe en soi, même si oui, ça aussi. C’est le regard d’un homme sur moi. Un vrai regard, celui qui dit que tu existes encore comme femme et pas juste comme collègue, mère, voisine. Celui qui te déshabille un peu, qui hésite, qui revient. Je sais que j’ai encore un corps désirable. Mais à force de ne plus le montrer à personne, je me demande parfois si je ne l’ai pas rêvé.
Je cherche un homme qui comprend ce vide-là. Pas pour le combler d’un coup, juste pour se rappeler ensemble qu’on sait encore faire. Une rencontre vraie, même brève. Juste quelqu’un qui me regarde vraiment.