Mon mari me regardait autrement avant. Je ne sais plus exactement quand ça s’est arrêté. Peut-être quand j’ai pris du poids après l’opération. Peut-être avant. Maintenant il rentre tard, dort tourné vers le mur, et moi je reste là avec ce corps qu’il ne touche plus.
Je sais que je ne ressemble pas aux femmes des annonces de rencontres sérieuses. Je suis grosse. Pas ronde, pas enrobée, grosse. Un mètre soixante-trois pour quatre-vingt-seize kilos. Mais j’ai encore envie qu’on me regarde comme une femme. Pas comme un meuble qu’on contourne dans le couloir.
Ce qui me manque le plus c’est la main d’un homme sur ma hanche. Ce geste qu’il faisait au début quand on se croisait dans la cuisine. Juste ça. Une main qui se pose parce qu’elle a envie. Pas par habitude, pas par politesse.
Je cherche quelqu’un sur Dijon ou pas loin. Quelqu’un qui accepte ce que je suis devenue. Qui ne va pas éteindre la lumière par gêne. Je ne demande pas l’amour. Je demande juste qu’on me regarde encore comme si j’existais.
Jocelyne, cinquante-cinq ans.